
Il n’est pas inapproprié d’user du conditionnel pour sonder l’avenir du Sénégal si l’on s’en remet à la manière dont les débats de la campagne électorale ont été menés jusqu’à présent. Les protagonistes ne semblent pas mesurer l’immensité des possibilités que l’environnement globalisé de l’économie mondiale offre au Sénégal. Le monde est aux prises avec la boulimie de ressources des puissances économiques émergentes telles que la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie ou la Turquie. Les riches économies des Etats-Unis, du Japon, de la Corée du Sud et de l’Europe ne sont pas en reste. Cette faim de ressources focalise l’attention des protagonistes sur notre région. Ce surcroit d’intérêt devrait conduire les dirigeants de notre pays à s’interroger sur les voies et moyens pour le Sénégal d’engranger les bénéfices de cette ruée vers les matières premières, le pétrole et les minerais du continent.
Pour tirer le maximum de profits de cette configuration mondiale, il conviendrait que le Sénégal fasse bon usage de sa géographie étant donné que sans notre port et nos infrastructures, les ressources de nombre de pays d’Afrique de l’ouest ne peuvent faire l’objet d’une exploitation optimale. Le Sénégal pourrait leur servir de porte de sortie et de relais de développement et de création de richesse, particulièrement pour les pays enclavés et pour ceux ne disposant que d’infrastructures embryonnaires. Le Sénégal détient les atouts pour libérer non seulement ses propres potentialités qui sont énormes et ne sont pas suffisamment valorisées, mais aussi celles des pays voisins dont la vétusté des infrastructures constitue un frein à l’exploitation et à la mise en valeur de leurs ressources.
Basé moi-même à Londres et étant porteur d’un projet d’investissement de plusieurs milliards de dollars à proposer au Sénégal, je sais que l’intérêt stratégique grandissant que notre pays suscite aux yeux des Chinois, des Américains, des Indiens et des autres investisseurs potentiels tient en grande partie à l’exploitation des ressources minérales ouest-africaines. Le port de Dakar par exemple, s’il était relié à un vaste réseau d’infrastructures connectant la capitale au Mali, à la Mauritanie, au Burkina Faso, au Niger et à la Guinée Bissau pourrait devenir un centre logistique de traitement et de transformation des ressources de ces pays.
Le potentiel des bénéfices économiques d’un tel investissement serait considérable pour le Sénégal : nouvelles industries de transformation minière et de transport générant des emplois à valeur ajoutée supérieure, revenus budgétaires provenant des taxes de transit sur les exportations de minerais, etc. La vocation du Sénégal doit être d’appartenir à une région prospère dans laquelle la prospérité de nos voisins façonne la nôtre, et notre propre prospérité aide à bâtir la leur.
En dépit des privilèges dont la nature a gratifié notre pays, particulièrement en matière d’abris portuaires, les dirigeants actuels et passés du Sénégal s’en sont si peu souciés que le rôle que pourrait jouer notre pays dans l’essor économique de l’Afrique de l’Ouest en a été sévèrement amoindri. Pire, les dérapages verbaux et les partis pris d’Abdoulaye Wade nous ont aliénés plusieurs dirigeants de la région. Il reste à espérer que Macky Sall, s’il était élu, se révèlerait d’une autre stature et s’appuierait sur l’avantage stratégique du Sénégal pour impulser des politiques de renouveau et d’expansion économique régionale.
Il n’existe aucun autre lieu en Afrique de l’ouest qui puisse offrir la combinaison de facilités portuaires en eau profonde associée à la stabilité politique que le Sénégal offre. La géographie et les vieilles traditions démocratiques de notre pays nous donnent l’unique opportunité de changer les destinées économiques de tous les Sénégalais si nous nous décidons d’agir à temps.
Bien sûr nous avons des rivaux potentiels, ce qui constitue une raison majeure pour inciter le prochain gouvernement à s’attacher à agir avec rapidité et détermination. Le monde ne restera pas immobile à nous attendre. En effet, la Chine a déjà investi un peu moins de 300 millions de dollars pour le réaménagement du port de Nouakchott, et a signé un accord pour construire une voie ferrée de 630 millions de dollars reliant Nouakchott aux mines de phosphate de Bofal distantes de 430 kilomètres. Mais l'inefficacité des installations portuaires à Nouakchott, en dépit de l'investissement chinois, a entrainé une stagnation du volume des exportations au cours des quatre dernières années, ce qui laisse au Sénégal la voie libre pour s’engouffrer dans la brèche. Des fonds chinois sont ainsi prêts à se substituer à ArcelorMittal pour la reprise du projet d’exploitation du minerai de fer du Falémé ainsi que la construction d’un port à Bargny et d’une voie de chemin de fer de 311 km reliant la mine au port.
La volonté des bailleurs de fonds d’investir dans notre région est patente. Le train de la croissance économique mondiale passe désormais sur le continent africain. En effet, de 2011 à 2015, en dehors de la Chine (9,5 %), de l’Inde (8,2 %) et du Vietnam (7,2 %), sept des dix pays qui afficheront les taux de croissance les plus élevés du monde se situeront en Afrique subsaharienne : Ethiopie : 8,1 % ; Mozambique : 7,7 % ; Tanzanie : 7,2 % ; Congo : 7,0 %; Ghana : 7,0 % ; Zambie ; 6,9 % et Nigeria : 6,8 %. Comme nous le voyons, seuls deux pays d’Afrique de l’ouest : le Ghana et le Nigeria figurent dans ce peloton de tête. L’exemple du Ghana, une démocratie plus récente que le Sénégal, est éclairant. A son indépendance, les ressources humaines et les infrastructures du Sénégal étaient les meilleures de l’Afrique de l’ouest. Mais cinq décennies de mauvaise gestion (d'abord par le Parti socialiste puis par le régime libéral) ont érodé ce patrimoine. Du fait d’infrastructures supérieures à celle du Sénégal, le Ghana a attiré des milliards de dollars en investissements étrangers, et le montant de ses échanges commerciaux est largement supérieur à celui du Sénégal.
Il devient donc vital et extrêmement urgent pour le Sénégal de rattraper son retard en sécurisant les investissements nécessaires à la construction des infrastructures qui feront du pays la plaque tournante à partir de laquelle toutes les économies de la région se développeront. C’est la condition sine qua non pour assurer un avenir meilleur à nos populations. Toutefois, il ne sied pas de nous nourrir d’illusions en attendant sagement que les investisseurs chinois, américains, indiens, brésiliens et les autres partenaires stratégiques du pays viennent frapper à notre porte. La concurrence pour attirer les investisseurs est féroce en ces temps de mondialisation, de crise de la dette souveraine européenne et des menaces de contraction des activités économiques mondiales qui en découle. Il nous revient d’adopter la bonne stratégie en mettant en place, aux lendemains des élections présidentielles, un gouvernement compétent déterminé à saisir la chance de façonner son propre destin et de hisser notre pays au rang d’une puissance économique régionale. Faisons de notre vote une profession de foi en un tel avenir. Le choix est soit d’élire Wade, de cautionner sa prise en otage de nos institutions et de demeurer à la traîne, soit de témoigner notre foi en l’avenir en élisant Macky Sall qui, s’appuyant sur le large consensus dont il jouit, mettra en place les politiques qui permettront au Sénégal de s’arrimer au train de la croissance qui passe sur le continent Africain.
Par Sanou Mbaye, économiste et écrivain,
auteur de « L'Afrique au secours de l'Afrique », Edition de l'Atelier
SUDONLINE
Pour tirer le maximum de profits de cette configuration mondiale, il conviendrait que le Sénégal fasse bon usage de sa géographie étant donné que sans notre port et nos infrastructures, les ressources de nombre de pays d’Afrique de l’ouest ne peuvent faire l’objet d’une exploitation optimale. Le Sénégal pourrait leur servir de porte de sortie et de relais de développement et de création de richesse, particulièrement pour les pays enclavés et pour ceux ne disposant que d’infrastructures embryonnaires. Le Sénégal détient les atouts pour libérer non seulement ses propres potentialités qui sont énormes et ne sont pas suffisamment valorisées, mais aussi celles des pays voisins dont la vétusté des infrastructures constitue un frein à l’exploitation et à la mise en valeur de leurs ressources.
Basé moi-même à Londres et étant porteur d’un projet d’investissement de plusieurs milliards de dollars à proposer au Sénégal, je sais que l’intérêt stratégique grandissant que notre pays suscite aux yeux des Chinois, des Américains, des Indiens et des autres investisseurs potentiels tient en grande partie à l’exploitation des ressources minérales ouest-africaines. Le port de Dakar par exemple, s’il était relié à un vaste réseau d’infrastructures connectant la capitale au Mali, à la Mauritanie, au Burkina Faso, au Niger et à la Guinée Bissau pourrait devenir un centre logistique de traitement et de transformation des ressources de ces pays.
Le potentiel des bénéfices économiques d’un tel investissement serait considérable pour le Sénégal : nouvelles industries de transformation minière et de transport générant des emplois à valeur ajoutée supérieure, revenus budgétaires provenant des taxes de transit sur les exportations de minerais, etc. La vocation du Sénégal doit être d’appartenir à une région prospère dans laquelle la prospérité de nos voisins façonne la nôtre, et notre propre prospérité aide à bâtir la leur.
En dépit des privilèges dont la nature a gratifié notre pays, particulièrement en matière d’abris portuaires, les dirigeants actuels et passés du Sénégal s’en sont si peu souciés que le rôle que pourrait jouer notre pays dans l’essor économique de l’Afrique de l’Ouest en a été sévèrement amoindri. Pire, les dérapages verbaux et les partis pris d’Abdoulaye Wade nous ont aliénés plusieurs dirigeants de la région. Il reste à espérer que Macky Sall, s’il était élu, se révèlerait d’une autre stature et s’appuierait sur l’avantage stratégique du Sénégal pour impulser des politiques de renouveau et d’expansion économique régionale.
Il n’existe aucun autre lieu en Afrique de l’ouest qui puisse offrir la combinaison de facilités portuaires en eau profonde associée à la stabilité politique que le Sénégal offre. La géographie et les vieilles traditions démocratiques de notre pays nous donnent l’unique opportunité de changer les destinées économiques de tous les Sénégalais si nous nous décidons d’agir à temps.
Bien sûr nous avons des rivaux potentiels, ce qui constitue une raison majeure pour inciter le prochain gouvernement à s’attacher à agir avec rapidité et détermination. Le monde ne restera pas immobile à nous attendre. En effet, la Chine a déjà investi un peu moins de 300 millions de dollars pour le réaménagement du port de Nouakchott, et a signé un accord pour construire une voie ferrée de 630 millions de dollars reliant Nouakchott aux mines de phosphate de Bofal distantes de 430 kilomètres. Mais l'inefficacité des installations portuaires à Nouakchott, en dépit de l'investissement chinois, a entrainé une stagnation du volume des exportations au cours des quatre dernières années, ce qui laisse au Sénégal la voie libre pour s’engouffrer dans la brèche. Des fonds chinois sont ainsi prêts à se substituer à ArcelorMittal pour la reprise du projet d’exploitation du minerai de fer du Falémé ainsi que la construction d’un port à Bargny et d’une voie de chemin de fer de 311 km reliant la mine au port.
La volonté des bailleurs de fonds d’investir dans notre région est patente. Le train de la croissance économique mondiale passe désormais sur le continent africain. En effet, de 2011 à 2015, en dehors de la Chine (9,5 %), de l’Inde (8,2 %) et du Vietnam (7,2 %), sept des dix pays qui afficheront les taux de croissance les plus élevés du monde se situeront en Afrique subsaharienne : Ethiopie : 8,1 % ; Mozambique : 7,7 % ; Tanzanie : 7,2 % ; Congo : 7,0 %; Ghana : 7,0 % ; Zambie ; 6,9 % et Nigeria : 6,8 %. Comme nous le voyons, seuls deux pays d’Afrique de l’ouest : le Ghana et le Nigeria figurent dans ce peloton de tête. L’exemple du Ghana, une démocratie plus récente que le Sénégal, est éclairant. A son indépendance, les ressources humaines et les infrastructures du Sénégal étaient les meilleures de l’Afrique de l’ouest. Mais cinq décennies de mauvaise gestion (d'abord par le Parti socialiste puis par le régime libéral) ont érodé ce patrimoine. Du fait d’infrastructures supérieures à celle du Sénégal, le Ghana a attiré des milliards de dollars en investissements étrangers, et le montant de ses échanges commerciaux est largement supérieur à celui du Sénégal.
Il devient donc vital et extrêmement urgent pour le Sénégal de rattraper son retard en sécurisant les investissements nécessaires à la construction des infrastructures qui feront du pays la plaque tournante à partir de laquelle toutes les économies de la région se développeront. C’est la condition sine qua non pour assurer un avenir meilleur à nos populations. Toutefois, il ne sied pas de nous nourrir d’illusions en attendant sagement que les investisseurs chinois, américains, indiens, brésiliens et les autres partenaires stratégiques du pays viennent frapper à notre porte. La concurrence pour attirer les investisseurs est féroce en ces temps de mondialisation, de crise de la dette souveraine européenne et des menaces de contraction des activités économiques mondiales qui en découle. Il nous revient d’adopter la bonne stratégie en mettant en place, aux lendemains des élections présidentielles, un gouvernement compétent déterminé à saisir la chance de façonner son propre destin et de hisser notre pays au rang d’une puissance économique régionale. Faisons de notre vote une profession de foi en un tel avenir. Le choix est soit d’élire Wade, de cautionner sa prise en otage de nos institutions et de demeurer à la traîne, soit de témoigner notre foi en l’avenir en élisant Macky Sall qui, s’appuyant sur le large consensus dont il jouit, mettra en place les politiques qui permettront au Sénégal de s’arrimer au train de la croissance qui passe sur le continent Africain.
Par Sanou Mbaye, économiste et écrivain,
auteur de « L'Afrique au secours de l'Afrique », Edition de l'Atelier
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